Critique
¡ Viva Argentina !
by Benjamin on May.21, 2010, under Critique
Je me souviens avoir très vaguement mentionné, dans mon article précédent, la colère qui peut nous animer quand on voit un navet. Oublions tout ça, aujourd’hui est un nouveau jour. Et si je vous parlais du bonheur que l’on peut ressentir lorsqu’on on sort de la projection d’un chef d’oeuvre…
Cher lecteur, tu commences à me connaitre, je vais y aller franco : l’Oscar du meilleur film étranger cette année mérite sans contestation sa récompense. Même si j’ai tendance à être chauvin et que j’ai crié au scandale quand “Un prophète” ne l’a pas eu, je me suis rendu compte que les américains ne s’étaient vraiment pas trompés cette année. “El secreto de sus ojos”, en français “Dans ses yeux” est une pure merveille. C’est la première fois que je consacre un article sur un film qui m’a autant ému et touché.
Dans l’Argentine des années 70, nous sommes plongés au coeur d’une enquête policière assez sombre qui refera surface vingt ans plus tard. Naviguant entre le passé et le présent, cette histoire traite d’obsession, de passion, de soif de justice, de vengeance et surtout, SURTOUT, d’amour. Et qu’est ce que c’est bien fait … La réalisation est soignée, la prestation des acteurs est sur le fil du rasoir, toujours juste et sans jamais trop en faire, le scénario est fin et très bien ficelé.
“Les yeux en disent long”. Cette expression ne pouvait pas avoir de meilleure illustration que le film de Juan José Campanella. C’était franchement ambitieux de baser tout un scénario sur ce que peuvent dire les yeux, sur le pouvoir du regard, et c’est franchement réussi. Certains sont agressifs, d’autres désireux, charmeurs, ou encore amoureux, les regards que l’on rencontre au fil de l’histoire sont profonds et marquants.
Le film a une qualité majeure : il monte en puissance progressivement. On est face à une mise en scène dynamique, des plans sublimes, et des courses poursuites haletantes de plusieurs minutes. Et malgré le coté noir, des touches d’humour viennent ponctuer l’enquête.
Mais avant tout, ce film parle d’amour, et du vrai Amour. Celui qui nous fait faire des choses insensées, celui qui nous fait revenir après des années d’absence, celui qui nous pousse à tout sacrifier.
A bientôt.
5 doigts à 2 balles
by Benjamin on May.11, 2010, under Critique
Regarder sa montre pendant un film et éprouver de la déception quand on se rend compte qu’il reste encore une heure, c’est généralement mauvais signe, non ?
Cher lecteur, je ne vais pas te prendre en traitre, ma critique va être assassine. Oui, je suis remonté et je ne compte pas mâcher mes mots.
Raymond n’annonce sa liste des 23 que ce soir mais je suis déjà énervé, très énervé. La faute a qui ? Alexandre Arcady et ses cinq doigts en carton. Je me demandais s’il était possible pour un réalisateur de stagner et de se complaire dans la médiocrité, j’ai ma réponse, c’est oui. Non mais merde Alexandre, quand on fait “Le coup de sirocco” ou “Pour Sacha”, on a pas le droit de faire ce que tu fais maintenant. Alors ok, on peut tolérer un écart de temps en temps. Un manque d’inspiration, une mauvaise passe. Mais là, ça en devient alarmant. Après les magnifiques navets “Mariage mixte” et ” Tu peux garder un secret ?”, il était temps de rebondir. Et ben non, c’est raté.
Pendant près de deux heures, on est face à un étalage de mauvais gout. Le rythme est mauvais, les scènes d’actions à mourir d’ennui. La mise en scène est maladroite et ne met pas en valeur le jeu des comédiens. C’est affligeant, voire frustrant. Arcady n’arrive pas à tirer le meilleur de ses acteurs et quand on a au générique Vincent Elbaz et Pascal Elbé, sans doute deux des meilleurs acteurs français du moment, c’est un exploit de les rendre aussi transparents. Niveau lumière, ah oui, petite parenthèse la dessus, ça aussi ça m’énerve. Un mec comme Gilles Henry, le directeur de la photographie, qui a quand même éclairé “Van Gogh” de Pialat, donc on peut dire qu’il connait son métier, nous propose une lumière agressive et absolument pas esthétique.
Le film souffre principalement d’un manque de subtilité grossier. La réalisation est poussive, les blagues sont lourdes et les clichés font mal aux yeux : Quand on a besoin d’armes, ou va-t-on ? “Chez les islamistes en banlieue”. c’est pas moi qui le dit, c’est dans le script. Et lorsque Bruel demande des gilets pare-balles, son interlocuteur, en djellaba et keffieh (mon D.ieu que c’est fin), lui répond “D’accord” avec un accent proche d’un marchant d’épices du souk de Marrakech. Et je passe les nombreux lieux communs sur les juifs séfarades digne d’une caricature.
Certains dialogues sont ridicules, certaines scènes sont vues et revues et d’autres souffrent d’un manque de crédibilité navrant. Bruel dit à Elbaz en lui montrant son front : “Tu la vois cette cicatrice ?” Euuh … Je sais pas pour Elbaz, mais nous on ne la voit pas en tout cas. Grotesque.
Même si tout part d’un bon sentiment où Arcady veut rendre hommage à de belles valeurs, la famille, la loyauté envers frères, le respect de la mère, il passe totalement à coté de son sujet. Caser une affaire de vendetta à deux balles et vouloir nous refaire le coup de “L’union sacrée”, ça ne marche pas toujours. Des cinq doigts de la main, j’ai l’impression qu’on nous en fait un, et croyez-moi, c’est pas le pouce.